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Marc Vuilleumier

James Guillaume et le mouvement des universités populaires

À la suite de la mort de son jeune frère Émile, en février 1865, James Guillaume avait subi une profonde crise morale. Remplaçant au Collège industriel du Locle, il avait alors abandonné son projet de partir pour Paris et passé le diplôme d'enseignant, ce qui lui avait permis de se faire nommer définitivement. Mais, frappé de la vanité de ses études classiques, il s'était alors persuadé que le sens de sa vie était de la consacrer à l'instruction du peuple. Ce qui l'avait conduit à organiser des cours du soir pour les jeunes apprentis. Il y avait inclus des leçons sur l'histoire de la Révolution française. C'est alors qu'il était encore collégien qu'il avait commencé ses lectures à ce sujet, utilisant pour cela la bibliothèque paternelle. Plus tard, étudiant à Zurich, il avait continué à s'intéresser à ce thème. Au Locle, en dehors de son enseignement à l'École industrielle et de ses cours aux apprentis, avant même la fondation de la section de l'Internationale, il avait donné, durant l'hiver 1865-1866, douze conférences populaires sur la Révolution française. Par la suite, ses activités au sein de l'Internationale ne lui ne lui avaient plus laissé le temps nécessaire pour continuer l'étude de cette période et pour en parler.

En 1874 et en 1875, il revint à l'histoire, non pour faire celle de 1789 à 1794, mais avec un projet beaucoup plus ambitieux : écrire des Esquisses historiques sur les principales époques de l'histoire de l'humanité1. Il prévoyait, si les souscripteurs à l'ouvrage continuaient à le soutenir, d'en publier tous les six mois une nouvelle série, d'une centaine de pages. Il avait dû, pour cela, se livrer à de nombreuses lectures. On voit d'ailleurs qu'il ne maîtrisait pas entièrement son sujet et qu'il l'a développé au fur et à mesure de ses lectures et de sa rédaction, car il informe les souscripteurs qu'il n'a pu suivre le plan annoncé, ayant donné à l'histoire des peuples d'Orient une beaucoup plus grande extension que prévu, ce qui en reporte la fin au volume suivant, de même que ce qui concernait la Grèce et Rome. Le second volume lui non plus ne pourra suivre son programme et ne comportera que le début de la partie consacrée à Rome. Le volume suivant, qui aurait dû traiter de l'histoire romaine et de la naissance du christianisme, ne put voir le jour. Comme l'indiquera Guillaume, dans une lettre au Comité fédéral jurassien, la diffusion du premier avait été satisfaisante, couvrant les frais d'impression, mais malheureusement la vente du second n'avait presque rien rapporté : un libraire de Bruxelles, qui avait pris la moitié du tirage, n'avait jamais rien payé tandis qu'en Suisse nombre de dépositaires avaient fait de même. On espérait néanmoins, ajoutait-il, trouver les fonds nécessaires pour publier le troisième volume, grâce à Élisée Reclus et à Nicolas Joukovsky ; mais apparemment ce ne fut pas le cas et le manuscrit de cette dernière série demeura inédit2.

En ce qui concerne l'histoire de la Grèce et de Rome, Guillaume reprenait un ancien projet, remontant à ses études de philologie à Zurich. Dans une lettre à ses parents du 9 mars 1864, il s'exprimait ainsi :

Par suite de mes dernières études, mon attention s'est portée sur l'enseignement de l'histoire ancienne (grecque et romaine) tel qu'il existe maintenant chez nous. C'est une véritable honte que dans une république démocratique on dépeigne aux enfants l'histoire d'Athènes et de Rome avec les couleurs qu'y ont mises les partisans de l'aristocratie et du droit divin. Vous le savez bien, après les recherches de la critique moderne, les traditionnels récits historiques, tels qu'on les trouve dans les livres d'école, sont bouleversés de fond en comble ; si bien qu'il nous faut, pour étudier le monde ancien, oublier d'abord ce que nous avons appris à l'école et recommencer l'étude de l'histoire à un tout autre point de vue. Ne serait-il pas désirable qu'un livre élémentaire et populaire, écrit à ce point de vue qui est reconnu maintenant pour le bon, et ne contenant que ce qui est rigoureusement vrai et reçu par la critique, fût introduit dans nos collèges ? Malheureusement le livre n'existe pas, il est encore à écrire. Nous n'avons à ce sujet que des livres comme ceux de Drumann, Mommsen, Lewis et autres, qui ne sont accessibles qu'aux philologues de profession. Peut-être, quand j'aurai quelques années de plus et une instruction plus solide, pourrai-je essayer d'écrire une histoire grecque et romaine, qui fasse participer le peuple et la jeunesse à ces résultats qui ne sont connus encore que des savants : ce serait un grand service rendu à l'instruction publique.3

Cette lettre nous montre que ces Esquisses historiques constituent l'extension et la conclusion d'un projet déjà ancien. Il ne s'agit plus d'un manuel scolaire, tel que le fils du conseiller d'État Georges-Émile Guillaume pouvait l'envisager en 1864, mais d'un ouvrage populaire, dû au militant de la Fédération jurassienne, qui ne se borne pas à la Grèce et à Rome. Un examen de cette publication, au premier abord quelque peu surprenante, permet de discerner ses motivations, bien qu'elles ne soient pas mentionnées expressément. La première étude, une vingtaine de pages, est consacrée à la formation de la terre, à l'apparition de la vie et aux origines de l'homme. À travers les différentes ères géologiques, le lecteur est conduit vers le passage de l'inorganique à l'organique. « La vie n'est qu'une des formes du mouvement universel inhérent à la matière. » Dès qu'un milieu favorable se constitue, elle apparaît par « génération spontanée » ; des cellules se forment alors et donnent naissance aux êtres vivants. Plus tard, Guillaume critiquera ce recours à une notion, répandue alors mais abandonnée depuis par la science. Se fondant sur Darwin, il retrace l'évolution des êtres vivants, utilisant pour cela la traduction française de L'Origine des espèces (1866), due à Clémence Royer, qu'il avait connue quand elle était venue parler à Neuchâtel et avait été reçue dans la maison paternelle. Pour bien comprendre les raisons de ces pages, qui peuvent paraître n'offrir que peu d'intérêt aux yeux du lecteur d'aujourd'hui, il faut tenir compte de ce qu'était alors l'enseignement populaire primaire, encore dominé par la conception biblique d'une terre et de ses habitants créés en six jours. Quelques années plus tard, Arnold Dodel, professeur de botanique à l'Université de Zurich, dans des conférences données dans des sections de la société populaire du Grütli, dénoncera le hiatus existant entre l'enseignement populaire, imprégné des mythes bibliques, et celui réservé aux élites qui, lui, tenait compte des découvertes modernes4. Sans le dire en ces termes, c'est bien ce que se proposait Guillaume : donner à son lectorat populaire les éléments d'une connaissance que lui avait refusés l'enseignement officiel.

L'aspect a-religieux, pour ne pas dire anti-religieux, s'affirme dans les pages consacrées à l'apparition de l'homme. Les races humaines, affirme-t-il, ne descendent pas d'un seul couple, mais sont les produits indigènes de milieux différents. Comme ses contemporains, Guillaume emploie le terme de races d'une manière assez floue, distinguant à l'intérieur de celles-ci d'importantes différences qui, parfois, n'échappent pas aux préjugés discriminatoires de son époque. Dans la « race nègre », les « Cafres » constituent un « type relativement supérieur », tandis que les « nègres australiens » « aux membres grêles et à la tête bestiale semblent plus rapprochés de l'animal que de l'homme. » Et, se fondant sur la théorie de Darwin, il ajoute : « Entre un singe et un sauvage de l'Océanie, la distance est moins grande qu'entre ce singe et un Européen civilisé. »5 Pourtant, ajoute-t-il, il n'y a pas de séparation bien tranchée entre races : il n'y a que des individus « qui se tiennent tous par d'insensibles transitions ». On emploie « les termes d'espèce, de famille, de classe, de race, pour la commodité du discours, mais il faut n'attacher à ces expressions qu'un sens relatif et se rendre bien compte de ceci : que ce que nous appelons une espèce est un groupe, plus ou moins arbitrairement formé par notre esprit, d'individus présentant certains caractères communs ; mais que ces caractères n'ont rien d'immuable, qu'ils sont soumis sans cesse à la loi de variabilité, et par conséquent le type absolu de l'espèce n'existe pas. »6

Pour dépeindre le passage de l'état sauvage à la civilisation, Guillaume reproduit le récit qu'en fait le poète latin Lucrèce, qui s'inspire de « la doctrine matérialiste d'Épicure. » Et il ajoute : « Telles sont les idées que la philosophie grecque était en train de vulgariser, lorsque le christianisme vint arrêter l'essor de l'esprit humain ; et il nous a fallu deux mille ans pour revenir à cette conception scientifique de la nature des choses, qui avait été celle d'Épicure et de Lucrèce. »7 Plus loin, il reviendra sur l'œuvre du philosophe Épicure, qui ne nous est connue qu'à travers les citations qu'en font divers auteurs dont les écrits, eux, sont parvenus jusqu'à nous.

C'est lui [Épicure] qu'il faut citer au premier rang des vrais philosophes, et non pas un Socrate, un Platon, un Aristote, dont la réputation usurpée ne tient pas devant un examen sérieux. [Platon] revint aux chimères des Éléates, enseigna que toutes choses ne sont que des apparences, et que les idées sont les seules réalités. C'est lui qui est l'inventeur de la doctrine de l'immortalité de l'âme. Il a fait en outre un plan de République, dans lequel les citoyens sont partagés en trois castes : les sages qui gouvernent ; les nobles ou guerriers, qui se battent ; et le peuple, qui travaille ; la caste des nobles doit pratiquer la communauté des femmes, pour être affranchie de tout lien de famille. On a souvent appelé Platon "le plus beau génie de la Grèce" ; à nos yeux ce n'a été qu'un des esprits les plus extravagants que nous fasse connaître l'histoire ; et ses doctrines, exposées dans un style séduisant et avec un talent incontestable, ont beaucoup contribué à égarer l'humanité. Le christianisme, comme nous le ferons voir, a énormément emprunté à Platon.

Après ce réquisitoire, Guillaume passe à Aristote :

Il rejeta la plus grande partie des divagations platoniciennes, et fit une place, dans sa philosophie, à l'expérience et aux sciences de la nature. Mais il n'en aboutit pas moins à une doctrine métaphysique (le mot date de lui) ; il cherche l'explication de l'univers dans une cause première, dans un Dieu qui est le moteur de toutes choses et qui a créé le monde d'après un plan unique ; tout, dans le monde, a un but, tout conspire à créer l'harmonie universelle. Cette théorie puérile, imaginée par Aristote, d'après laquelle les choses ont été créées en vue d'un but préconçu et pour cadrer dans un plan d'ensemble dont les lignes ont été tracées par une intelligence divine, porte en philosophie le nom de théorie des causes finales.

À ces penseurs néfastes, Guillaume oppose

la tradition de la vraie philosophie de la nature, inaugurée par Thalès et continuée par Démocrite, [qui] avait été interrompue un moment par les aberrations de Platon et d'Aristote. Elle fut reprise avec éclat par Épicure d'Athènes (né en 342 avant notre ère), dont l'enseignement eut un retentissement considérable. Pendant une longue et paisible vie, entouré de nombreux disciples, Épicure travailla à vulgariser la conception matérialiste de la nature et la morale vraiment humaine qui en est tirée ; il composa de nombreux écrits, qui malheureusement sont tous perdus, tandis qu'on nous a soigneusement conservé les élucubrations de Platon et les traités dogmatiques d'Aristote.

La philosophie ne pouvait être populaire dans la Grèce des IVe et IIIe siècles avant notre ère :

Le citoyen était attaché aux dieux de sa cité, qui s'identifiaient avec la patrie, et il voyait de mauvais œil des doctrines nouvelles qui sapaient les vieilles traditions. Ceci explique d'une part pourquoi presque tous les philosophes, même les épicuriens, gardèrent les formes du respect extérieur envers les dieux nationaux -- ils n'eussent pu les attaquer directement sans s'exposer à être proscrits comme ennemis de l'État ; et d'autre part, pourquoi toutes les écoles philosophiques s'accordèrent à déclarer que le sage ne devait pas se mêler des affaires publiques et devait vivre dans la retraite. Ce fut seulement à partir du IIIe siècle, lorsque l'esprit exclusif des cités grecques eut fait place à une tendance plus large, lorsque les idées cosmopolites eurent fait leur chemin dans le monde, que les vieux cultes nationaux commencèrent à tomber en discrédit, et que la philosophie épicurienne, agrandissant le cercle de son influence, put porter de rudes coups aux superstitions religieuses.8

La philosophie matérialiste de Démocrite et d'Épicure s'accorde avec la science qui se développe à la même époque.

En suivant Guillaume dans ce qu'il dit du matérialisme antique, d'une première mention aux développements qu'il lui réserve dans la partie réservée à la Grèce, nous avons volontairement laissé de côté d'autres considérations qui précédaient ces derniers. Se fondant sur les ouvrages de Thomas Buckle et de Max Müller, Guillaume s'était lancé dans une longue histoire des civilisations de l'Inde, de la Chine et de l'Égypte, où nous ne le suivrons pas, si ce n'est pour relever ses longs développements sur les croyances religieuses de ces peuples. Par leur juxtaposition, il cherche, renouvelant avec un procédé des philosophes du XVIIIe siècle, à montrer leur relativité et leur rôle social. Ainsi, en Inde, le nouveau système de classification sociale en castes trouve aussitôt sa justification divine : « Il est à peine nécessaire de dire que c'est là une simple fiction, inventée pour donner une sanction religieuse à la nouvelle hiérarchie sociale dont le cours des âges avait amené l'établissement. »9 Ailleurs, à la suite d'une comparaison entre la doctrine sociale de Bouddha et celle du christianisme, il conclut :

Toutes les deux sont nées d'un même sentiment de lassitude et de résignation : toutes les deux ont méconnu la véritable dignité de l'homme, en plaçant leur idéal, non dans le développement libre et complet de toutes les facultés humaines, mais dans l'ascétisme qui mutile l'homme et qui foule aux pieds les lois de la nature. Dans l'une et l'autre religion, cette tendance trouve son explication historique dans le même état de la société : une oppression séculaire avait amoindri l'esprit de l'homme au point de lui faire perdre tout espoir, et même tout désir d'améliorer sa condition sur cette terre : l'homme alors se console en proclamant que la terre est et sera éternellement une vallée de larmes ; que la vie est une épreuve et un mal, et il cherche son refuge, tantôt avec le christianisme, dans une existence au-delà de la vie terrestre, tantôt avec le bouddhisme, dans la négation même de l'existence.10

On peut rappeler à ce propos que, lors de ses études à Zurich, puis au Locle, le jeune Guillaume avait été un lecteur assidu et passionné de Ludwig Feuerbach.

L'histoire de l'Égypte, des Assyriens et des Phéniciens touche à celle des Hébreux, ce qui constitue, pour Guillaume, l'occasion de s'en prendre aux légendes bibliques. Il le fait tout d'abord en relativisant l'histoire hébraïque qu'il insère dans celle des peuples voisins. Le séjour en Égypte et la fuite du peuple hébreu seraient une transposition de l'occupation de la vallée du Nil par les Hyksos. De plus, les Hébreux, montre-t-il, n'ont adopté le monothéisme que beaucoup plus tard. Il se réfère, sur ce point, à un article du pasteur français Albert Réville, que Guillaume avait connu alors que, comme Ferdinand Buisson, il diffusait ses conceptions en Suisse romande où ses idées théologiques libérales lui avaient valu, de la part de l'Église nationale protestante de Genève, une interdiction de prêcher. Dans la Bible, James Guillaume poursuit de sa verve les erreurs et falsification du « faussaire qui écrivit le livre dit de Daniel » ; il s'en prend à la prétendue destruction de Babylone : « Les prophètes hébreux, organes de la haine et des espérances de leur peuple, avaient annoncé la destruction de Babylone, et avaient dépeint d'avance les circonstances de cette catastrophe, telles que leur imagination affamée de vengeance aimait à se les figurer. » D'où la version de Daniel, ce « Juif ignorant et visionnaire qui écrivit ce galimatias trois cent ans après l'événement. »11

Même constatation au sujet de la prétendue destruction de Tyr par Nabuchodonosor, alors qu'elle demeura florissante jusqu'à l'époque d'Alexandre : « Tous les manuels d'histoire en usage dans nos écoles parlent cependant de la destruction de Tyr par Nabuchodonosor ; plutôt que d'admettre qu'une prophétie d'Isaïe ait pu ne pas s'accomplir, les rédacteurs de ces ouvrages destinés à former l'esprit et le cœur de la jeunesse préfèrent falsifier l'histoire. »12 Cette note contre l'enseignement officiel témoigne des motivations de l'auteur ; pour lui, il ne s'agissait pas seulement d'un ouvrage de vulgarisation, mais aussi et surtout d'une remise en cause de ce qui était couramment admis et enseigné, d'une critique de l'idéologie établie. La conclusion de ce premier volume précise encore les intentions de Guillaume :

Il résulte de là que bien loin de voir dans le peuple juif le père de l'idée religieuse, nous devons admettre, conformément à la vérité historique, qu'il ne l'a reçue que de seconde main et n'a su faire que l'amoindrir et la défigurer. Le polythéisme naïf et poétique des premiers Aryas était comme le bégaiement enfantin de la philosophie scientifique et matérialiste ; le monothéisme juif, chrétien et musulman, au contraire, est la négation du réel, la création fantastique d'esprits étroits qui n'ont pas compris la nature et qui méconnaissent la science.13

L'essentiel du second volume -- on y a déjà recouru pour le réquisitoire contre Platon et Aristote et le développement sur Démocrite et Épicure -- est consacré à la civilisation grecque. Mais, à son début, Guillaume poursuit son propos sur les Perses, commencé dans le premier tome et que nous laisserons de côté, sinon pour relever son jugement sur les deux civilisations en présence. Tout semblait les rapprocher, issues qu'elles étaient d'une souche commune, écrit-il, et pourtant ce furent entre elles des guerres implacables.

C'est ici que se montrent les funestes conséquences de la conquête et de la concentration du pouvoir. En devenant conquérants, en se proposant pour but à leur activité la domination de l'Asie, les Perses arrêtèrent l'essor de leur culture nationale ; le despotisme dont ils se firent les agents les corrompit, éteignit leur intelligence et énerva leur courage. [...] Ce sont bien des barbares que la Grèce eut à combattre ; les hordes de la monarchie universelle menaçant les cités libres d'Europe où la démocratie commençait à s'épanouir, c'est bien la barbarie en lutte avec l'humanité. Et ce sera l'honneur éternel de la Grèce d'avoir, en repoussant les armées du grand roi, fait triompher la cause de la civilisation.14

On voit déjà, par cette transition, en quelle estime Guillaume tenait la Grèce ancienne. L'étude qu'il lui consacre et qui forme la majeure partie du petit volume (près de 60 pages sur 99) constitue un véritable panégyrique.

Ses premiers temps ne sont connus que sous forme de légendes : « Les légendes remplaçaient l'histoire réelle d'un passé dont le souvenir s'était entièrement effacé faute de documents écrits ». Les récits d'Homère, les Hellènes y croyaient comme à

des événements d'une authenticité incontestable ; ils y croyaient comme les enfants croient au conte du Petit-Poucet et comme les chrétiens croient aux miracles de Jésus-Christ. À ce titre, on peut dire que les légendes héroïques font véritablement partie de l'histoire de la Grèce, puisque le peuple grec y a ajouté foi, et puisqu'elles ont exercé sur son développement politique, intellectuel et moral autant d'influence que l'eussent pu faire des souvenirs réellement historiques.15

Une façon très moderne d'envisager le mythe, qui était déjà celle des historiens dont s'inspire Guillaume. Pas de classe sacerdotale, comme chez les autres peuples orientaux, ce qui témoigne de l'« esprit laïque de la race grecque ». « L'Hellène traite ses dieux avec une liberté singulière, avec une sorte de familiarité ; jamais ils ne font obstacle à la nature, à l'humanité ; et les prêtres, réduits à la garde des temples, jouent à toutes les époques un rôle si effacé qu'il faut y regarder de bien près pour s'apercevoir de leur existence. »16

Sur le plan politique, les tyrans profitent du mécontentement populaire pour renverser les oligarchies et se substituer à elles, durant les VIIe et VIe siècles avant J.-C. C'est là « une première manifestation de l'esprit démocratique qui protestait, bien que sous une forme vicieuse, contre le régime oligarchique. »17 Les révolutions qui mirent fin aux tyrannies instaurèrent généralement la démocratie. Malgré l'esclavage et les inégalités sociales, « il nous sera permis d'admirer dans la démocratie athénienne l'essor d'une race aux nobles instincts, qui réalisa, dans la mesure où la chose était possible à l'aurore de la civilisation, un idéal auquel nulle autre société humaine n'a encore atteint à ce jour. »18 Les rivalités et guerres entre cités surmontées grâce à l'établissement de ligues, premières esquisses du principe fédératif cher à Guillaume, la civilisation grecque va rayonner dans tout le monde méditerranéen. Relevons à ce propos sa critique d'Alexandre le Grand :

Son œuvre fut une œuvre purement négative, la destruction de l'empire perse. Quant au côté civilisateur qu'on lui a attribué, par la diffusion de la culture et de la langue grecque, cette diffusion s'était déjà opérée sur une grande échelle avant Alexandre, et les procédés pacifiques de la colonisation et du commerce l'auraient certainement achevée d'une manière aussi sûre et plus complète que les conquêtes.19

Pendant les trois siècles qui ont suivi la mort d'Alexandre, la Grèce a continué à marcher dans les voies de la science, a élaboré cette philosophie matérialiste qui fait son plus beau titre de gloire ; et nous estimons qu'au point de vue vraiment humain, l'époque qui produisit la grande école épicurienne peut bien être placée à côté, sinon au-dessus, de celle qui vit les exploits guerriers de Marathon et de Salamine.20

Changement radical avec Rome : « Nous passons du monde de la liberté à celui de la servitude. » Une opposition qu'avait bien vue Theodor Mommsen, sur lequel Guillaume se fonde. Mais alors que l'Allemand retrouvait, dans l'extension de Rome à l'ensemble de l'Italie, un modèle pour la réalisation de l'unité allemande, le Jurassien relevait que, « sans le vouloir et sans s'en douter, l'historien a mis clairement en relief tout ce que l'idée étroite de patrie et de patriotisme a de mesquin, de barbare, d'opposé à la véritable humanité. »21 Quant aux Étrusques, « malgré leur incontestable aptitude aux arts industriels, ils n'arrivèrent pas à la vraie culture, et demeurèrent ce que les Hellènes appelaient des barbares. »22 Guillaume relève que l'opposition entre plébéiens et patriciens n'est pas assimilable à une lutte des pauvres contre les riches : « les plébéiens riches ne voulaient, pas plus que les patriciens, l'établissement de l'égalité réelle, de l'égalité économique : les concessions que l'on faisait aux prolétaires n'étaient que des semblants destinés à les amuser. »23 Hannibal, le grand ennemi de Rome, est pour Guillaume « l'homme le plus remarquable de son temps. » Si le général carthaginois avait été vainqueur,

nous croyons, pour nous, que la destruction de Rome eût été un bienfait pour l'humanité : en effet, Carthage n'aurait pas songé, comme sa rivale, à conquérir la domination universelle ; ce n'était pas dans le caractère de son peuple. Rome effacée du monde, la Grèce et l'Orient échappaient à la conquête ; l'Italie, délivrée du joug romain, entrait par les voies pacifiques dans le rayon de la culture grecque, et la civilisation hellénique, prenant un caractère de plus en plus cosmopolite, attirait peu à peu dans son orbite tout le monde ancien. Avec le progrès des sciences, l'adoucissement des mœurs, et la décadence des religions, l'esclavage eût peu à peu disparu ; la forme politique républicaine-fédérative, telle que l'avait adoptée la ligue achéenne, se fût implantée partout, amenant avec elle, on peut le croire, d'importantes réformes sociales, conséquence du principe d'égalité ; et le christianisme, cette plaie du monde moderne, ne fût peut-être pas né ! Mais Rome triompha ; et le monde fut condamné pour de longs siècles au régime de la force brutale, de la centralisation politique, de l'esclavage et de la religion.24

Après cette évocation d'une autre voie qu'aurait pu prendre l'histoire, Guillaume ajoute ce jugement définitif :

La domination romaine ne fut pas autre chose que le pillage organisé du monde au profit d'une aristocratie avide et d'une populace ignoble et servile. Celle-ci est formée des hommes libres et sans fortune, qui ne peuvent exercer un métier à cause de la concurrence du travail servile et vivent des distributions gratuites de blé tiré des provinces et de la part de dépouilles des pays vaincus que les dirigeants leur distribuent pour s'acheter ainsi une clientèle électorale. Les magistrats, le sénat, les financiers enrichis par la ferme des impôts et les fournitures à l'État constituent la nouvelle aristocratie qui dirige l'empire romain.25

Ces Esquisses historiques sont véritablement une histoire engagée, une histoire de combat. Ont-elles trouvé le public qu'elles visaient ? On a vu les raisons pour lesquelles le troisième volume, prévu pour 1876, ne put paraître. Bien plus tard, en 1886, un libraire de Bruxelles lui demandera l'autorisation réimprimer les deux volumes. « Je la lui ai accordée, écrira alors Guillaume, en lui faisant observer toutefois que les deux séries parues ne sont qu'un fragment inachevé, qui n'offre pas grand intérêt ; et je l'ai engagé à renoncer à son projet, attendu qu'il existe maintenant des ouvrages mieux faits, qui ont réalisé à peu près le programme que je m'étais proposé. »26 En fait, sa réponse était encore plus dissuasive qu'il ne le laisse entendre ; adressée au socialiste belge Louis Bertrand, la lettre s'opposait à ce que son nom figure sur une éventuelle réimpression de ses Esquisses qu'il qualifiait de compilation où beaucoup de phrases n'étaient pas de lui27.

Le projet demeura donc sans suite.

Cependant, si Guillaume n'avait pu poursuivre la publication de ses Esquisses, il ne renonça pas à la diffusion et à la vulgarisation de ses connaissances historiques, se concentrant alors sur la Révolution française qui le passionnait depuis longtemps. Il utilisa pour cela la rubrique Variété du Bulletin de la Fédération jurassienne où il publia, en mai 1875, trois articles sur les débuts de la Révolution française, jusqu'au Serment du Jeu de Paume, qu'il ne continua pas28.

Six à sept mois plus tard, dans le Bulletin, la section de Vevey soulèvera le problème de l'enseignement à donner au peuple29. « Vous savez combien grande est la Révolution à laquelle nous avons consacré nos vies. Nous avons à déplacer l'axe du monde ; nous avons à clore l'histoire du passé et à faire une histoire nouvelle où la science et la justice régleront tous les rapports des hommes entre eux. » Il faudrait associer la science à la conscience de notre bonne cause. « Par une sanglante ironie du sort, c'est à eux [nos oppresseurs] qu'il nous faut même demander ce que nous apprenons. La plupart d'entre nous sont encore forcés d'envoyer leurs enfants dans des écoles où des hommes aux gages de la bourgeoisie travaillent à pervertir le bon sens et la morale en enseignant non les choses de la science, mais les fables impures du christianisme, non les vertus de l'homme libre, mais les pratiques de l'esclave. Et plus tard, que d'efforts souvent inutiles pour redresser l'esprit des enfants et les faire marcher à notre suite dans la voie de la lutte ! » Nous étudions au hasard ; il faudrait des listes de lectures, des ouvrages pour combler les lacunes de notre littérature socialiste-révolutionnaire ; et comment assurer à nos enfants une éducation véritablement scientifique ? Telles étaient les questions auxquelles la section de Vevey souhaitait recevoir des réponses et des commentaires de la part des autres sections.

En fait, seule celle de Saint-Imier répondit, toujours par voie du Bulletin30. Elle avait discuté, en deux assemblées, les points soulevés par Vevey. Tout en manifestant son accord, elle voyait de grands obstacles sur la voie préconisée. Elle relevait un « affaissement intellectuel et moral épouvantable » exploité par « l'action morale des classes privilégiées. » Il faudrait des livres analogues aux Esquisses historiques de Guillaume, mais dans d'autres matières ; des romans socialistes, des chansons, des pièces à déclamer. Pour les enfants, on proposait de les faire participer aux conférences publiques, de leur faire lire des ouvrages scientifiques et socialistes ; on envisageait des cours spéciaux pour les jeunes, voire même d'essayer de former des « écoles enfantines indépendantes fondées absolument sur le système d'une éducation humaine rationnelle. Ce seraient quelques ébauches pratiques d'enseignement intégral et, sans se flatter de l'illusion d'émanciper la société humaine par de pareils moyens, on ferait peut-être quelque bien pour la cause. Et si le courant se généralisait, il deviendrait peut-être possible d'entreprendre une campagne sérieuse contre l'enseignement officiel bourgeois qui nous est imposé. » Reconnaissance du caractère de classe de l'enseignement officiel, tentatives d'y soustraire les jeunes enfants, sans se faire d'illusions sur l'effet de telles initiatives, tels étaient les points essentiels de la réponse de Saint-Imier.

Vevey en approuva l'essentiel, soulignant les propos de leurs camarades affirmant que « Toute éducation sérieuse pour l'instruction de l'enfant est subordonnée à la révolution sociale. Aussi la formation d'écoles où un enseignement intégral et rationnel puisse être donné, nous paraît-elle jusque là absolument irréalisable » 31. On pouvait tout au plus préparer la voie en s'efforçant de dissiper les idées fausses de l'enseignement officiel. L'interruption des Esquisses historiques était regrettable, « car c'est en se rapprochant de notre temps, des luttes de nos pères et de nos propres combats, que ce livre deviendrait pour nous du plus saisissant intérêt. Nous avons besoin qu'il nous signale nos fautes, nous marque les écueils à éviter, nous encourage au combat. Après avoir été un enseignement pour le passé, qu'il le devienne pour l'avenir. »

Guillaume, malade, avait dû interrompre son travail à la rédaction du Bulletin. C'est probablement la raison pour laquelle il n'intervint pas dans ce débat.

Par la suite, il eut encore l'occasion de publier un article historique dans une publication socialiste. C'était l'époque où, dans les milieux socialistes, on ressentait le besoin de disposer de revues théoriques. Un universitaire socialiste allemand, il portait le titre de docteur, Franz Wiede, avait lancé, à Zurich, un mensuel assez éclectique, Die Neue Gesellschaft, en octobre 1877. Il avait recherché des collaborations auprès de la Fédération jurassienne : Paul Brousse y écrivit et James Guillaume y publia un article sur Babeuf et la Conspiration des Égaux, dans les numéros d'avril à juillet 187832. C'est un récit succinct mais exact, entièrement fondé sur le Moniteur et le livre de Philippe Buonarroti, dont Guillaume avait eu la bonne fortune de pouvoir acheter l'édition originale de 1828. Sur ce sujet, c'est probablement la première étude de cette étendue en langue allemande.

Toutefois Guillaume n'était guère satisfait de la traduction de son article et s'en plaindra ultérieurement. Quand l'historien de l'anarchisme Max Nettlau s'intéressera à Buonarroti et à ses sociétés secrètes, en 1904, il en écrivit une biographie demeurée inédite ; Guillaume l'encouragea : « Ce que vous m'avez écrit au sujet de Buonarroti m'a beaucoup intéressé, et je souhaite vivement que vous puissiez éclaircir un peu toutes ces ténébreuses histoires. »33 L'année suivante, il recommandait encore à l'historien : « Ne jetez pas sans plus de façon Buonarroti au panier : ce n'est pas un homme intelligent, mais c'est un "caractère", comme le disait Heine du professeur de gymnastique Mossmann. »34 Dans la conclusion de son article de 1878, Guillaume invitait le lecteur à ne pas juger les conjurés de 1796 selon nos critères actuels. Dans la France d'alors, ils ne pouvaient concevoir la société égalitaire sous une autre forme que celle d'une République forte, alors que le fédéralisme (girondin) était d'essence réactionnaire. De même, ils ne pouvaient comprendre la solidarité autrement qu'imposée d'en haut. Babeuf, comme ses compagnons, étaient jacobins ; ils voulaient, du sommet gouvernemental, contraindre le peuple au bonheur par des lois. Seul l'athée Sylvain Maréchal, relève Guillaume, a vu plus loin que les autres et a eu le pressentiment du principe anti-autoritaire, écrivant dans son Manifeste des Égaux : « Puisse enfin disparaître cette différence entre gouvernants et gouvernés. » Mais ses propres amis l'ont désavoué et, si Buonarroti a publié le Manifeste dans les pièces justificatives de son ouvrage, il précise bien que le directoire secret, opposé à cette phrase, n'a jamais livré le texte à la publicité. Le moment n'était pas encore venu où ce principe pouvait apparaître comme une nécessité aux yeux des Français, relève Guillaume. Il faudra pour cela attendre la Commune de 1871. En 1910, il confiera à ses lecteurs, dans le dernier volume de son Internationale, qu'il aurait souhaité, à Paris, consulter d'autres documents « et, si possible, écrire une histoire complète de cet intéressant épisode révolutionnaire (c'est un projet que d'autres travaux m'ont fait abandonner). »35 Il se bornera, en 1911, dans le Nouveau dictionnaire de pédagogie, à introduire un article « Babeuf » de trois colonnes qu'il ne signera pas, s'étant contenté, après quelques lignes introductives, de transcrire le texte de Buonarroti relatif aux idées des Égaux en matière d'éducation.

À côté de son action au sein de la Fédération jurassienne, de ses travaux divers pour gagner sa vie et celle de sa famille, Guillaume avait gardé son intérêt pour l'histoire. Mais s'il continuait à l'étudier, c'était parce qu'il entendait en transmettre la connaissance, qu'il estimait nécessaire à la formation tant des militants de l'Internationale que, d'une façon plus générale des milieux populaires, soumis à un enseignement officiel fondé sur la Bible plus que sur les travaux des historiens contemporains.

Tapuscrit original Marc Vuilleumier, « La diffusion d\'une culture historique dans les milieux populaires », CT MVU-D-008

Suggestion de citation

Vuilleumier Marc, « James Guillaume et la diffusion d'une culture historique dans les milieux populaires », Biographie inachevée de James Guillaume, 01.05.2024, https://www.archives-vuilleumier.ch/003-mouvement

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  1. James Guillaume, Esquisses historiques. Études populaires sur les principales époques de l'histoire de l'humanité. Première série : I. Les origines de l'homme. II. Les premières civilisations, Neuchâtel, Imprimerie L.-A. Borel, 1874, 112 p. Id., Deuxième série : II. Les premières civilisations (fin). III. La Grèce. IV. Rome, Neuchâtel, Imprimerie L.-A. Borel, 1875, 99 p. 

  2. Bulletin de la Fédération jurassienne, 11 mars 1877. 

  3. International Institute of Social History (IISH), Amsterdam, James Guillaume Papers 19, fol^o^ 515-16. 

  4. Arnold Dodel, Moses oder Darwin?, nombreuses éditions à partir de 1889. En français : Arnold Dodel-Port, Moïse ou Darwin? Trois conférences populaires, traduites sur la 3e édition de l'allemand par Charles Fulpius, Paris 1892. 

  5. Esquisses historiques, p. 10-11. 

  6. Id. p. 15. 

  7. Id., p. 24. 

  8. Id., p. 53-55, passim

  9. Id., p. 46. 

  10. Id., p. 53-54. 

  11. Id., respectivement p. 94, 93. 

  12. Id., note, p. 99. 

  13. Id., p. 112. 

  14. Id., vol. II, p. 14. 

  15. Id., p. 21. 

  16. Id., p. 24. 

  17. Id., p. 29. 

  18. Id., p. 61. 

  19. Id., p. 46. 

  20. Id., p, 69. 

  21. Id., p.77. 

  22. Id., p. 18-19. 

  23. Id., p. 82. 

  24. Id., p. 94-95. 

  25. Id., p. 98-99. 

  26. IISH, Fritz Brupbacher Papers 248, 1^er^ octobre 1886, à sa femme. 

  27. Institut Vandervelde, Bruxelles. Paris, 1^er^ octobre 1886. 

  28. « La suite en est restée inachevée, l'auteur n'ayant pas eu, alors, le loisir nécessaire pour la continuer. » IISH, James Guillaume Papers 22. (NDÉ) 

  29. Bulletin de la Fédération jurassienne, 10 décembre 1876. 

  30. Id., 18 février 1877. 

  31. Id., 4 mars 1877. Article signé P. Guérin. 

  32. James Guillaume, « Babeuf und die Verschwörung der Gleichen ». Aus dem Französischen übersetzt von Dr. A. Mülberger, Die Neue Gesellschaft, I. Jahrgang, Heft 7, 8, 9, 10, p. 366-374, 427-432, 474-484, 503-512. Arthur Mülberger (1847-1907) était un médecin, de tendance proudhonienne. En 1872, sa série d'articles dans le Volksstaat sur la question du logement lui avait valu une réponse de Friedrich Engels, souvent rééditée depuis. Guillaume s'était fait renvoyer son manuscrit français, dans l'intention probable de l'utiliser ultérieurement. AEN, Fonds JG 20. 

  33. IISH, Max Nettlau Papers, 555, J. Guillaume à Nettlau, 4 décembre

    1. Le manuscrit de Nettlau a été exploité par Arthur Lehning dans son De Buonarroti à Bakounine. Études sur le socialisme international, Paris, Éditions Champ Libre, 1977, 351 p.

  34. Id., 15 mai 1905. 

  35. James Guillaume, L'Internationale. Documents et souvenirs, Paris, V.-F. Stock, 1910, t. IV, p. 293 et 321.