Les travaux de James Guillaume sur la Révolution française concernent essentiellement des études relatives à l'enseignement et à l'éducation durant la période révolutionnaire, auxquelles il faut ajouter des publications spécialisées à caractère monographique. Il n'a pas écrit d'histoire de la Révolution et n'a pas songé à le faire1. Tout au plus a-t-il traité de sujets plus généraux lors de conférences et de causeries, à l'époque de son engagement à la Fédération jurassienne de l'Association internationale des travailleurs et au XXe siècle, lorsqu'à partir des années 1903-1905 il reprendra une activité militante. Toutefois il eut l'occasion de se confronter au problème de l'histoire générale de la Révolution. Ce fut à l'occasion de la préparation et de l'édition de l'ouvrage de son ami Pierre Kropotkine, La Grande Révolution 1789-1793, paru en 1909.
C'est lors de son séjour en Suisse, durant l'été 1901, que James Guillaume avait appris par son ancienne élève du Locle, Adèle Huguenin, la parution, en langue anglaise, des souvenirs de Kropotkine, dont une partie relatait ses séjours en Suisse et son activité au sein de la Fédération jurassienne2. À son retour à Paris, malgré la maladie de sa femme et les tracas qu'elle entraînait, il chercha aussitôt à se procurer l'ouvrage et réussit finalement à l'emprunter auprès d'un Russe qui travaillait à la section de cartographie de la Librairie Hachette, David Aitov, un ancien populiste, réfugié en France ; c'était l'exemplaire que Kropotkine avait envoyé à Pierre Lavrov, peu avant la mort de ce dernier, dont désormais la riche bibliothèque, mise à disposition de l'émigration révolutionnaire russe à Paris, constituait aussi un lieu de rencontre pour celle-ci.
On imagine facilement l'intérêt et la passion avec lesquelles James dévora le livre. Ce fut l'occasion pour lui de renouer des relations épistolaires avec Kropotkine. Toute la première partie, lui écria-t-il, avait été une véritable découverte : « J'ai eu grand plaisir à lire tous les détails que tu y donnes sur ton enfance et ta jeunesse et à y voir la formation de ton esprit et de ton caractère. »3 Mais, bien sûr, c'étaient les pages consacrées à la Fédération jurassienne qui avaient plus particulièrement retenu son attention. « Tu en as parlé d'une manière qui m'est allée au cœur. L'impression reçue par le lecteur qui apprendra à connaître, par toi, ce petit groupement d'hommes, sera bien celle, qui dans l'ensemble, correspond à la réalité ; tu as senti mieux que beaucoup de ceux qui ont participé à tout ce qui s'est passé dans le Jura du commencement à la fin la véritable signification du mouvement et la leçon qui s'en dégage, et tu as donné, sur le caractère de ce mouvement, la vraie note. » On rappellera à ce propos que le révolutionnaire russe, après un bref séjour en 1872, n'avait vécu dans le Jura que de décembre 1876 à l'été 1877.
Aitov lui ayant dit qu'une édition française était en préparation, Guillaume estima que, pour « un livre qui est à la fois un document historique et un instrument de propagande », quelques petites corrections s'imposaient.
Écrivant de mémoire, et quelquefois, pour certains détails, d'après des récits faits par des gens peu au courant, tu devais forcément commettre quelques erreurs de fait. La rectification de ces erreurs, qu'il serait fâcheux de laisser subsister dans un livre destiné à nous survivre, ne changera rien au fond des choses ; mais elle évitera, sur divers points, des critiques qui pourraient t'être adressées par quelque censeur méticuleux, et tu ne seras pas fâché, je crois, d'être aussi exact que possible jusque dans le moindre détail.
Suivent neuf pages de remarques les plus diverses. Les unes sont importantes, d'autres ne portent que sur des points très secondaires. C'est ainsi qu'il relève l'omission par Kropotkine du congrès régional de la Fédération romande, en 1870, qui se solda par sa scission. Ce dernier, évoquant sa première rencontre avec James Guillaume, en mars 1872, commet plusieurs erreurs : Guillaume ne traduisait pas encore des romans, comme il le fera en 1875, et vivait de son traitement de directeur de l'imprimerie ; quand Kropotkine essaya de l'aider à l'envoi du journal d'annonces édité par la firme familiale, ce n'est pas mille mais quelque trois mille adresses qu'il avait à écrire ; inexactitudes diverses quant aux brochures sorties alors des presses de l'imprimerie Guillaume ; erreurs quant aux professions de divers communards dont Kropotkine avait fait la connaissance..., on pourrait multiplier les exemples de corrections suggérées par le minutieux lecteur qu'était Guillaume. Relevons cette dernière : Kropotkine l'avait qualifié de « thin » (mince) et de « small » (petit) ; il acceptait le premier qualificatif, mais pas le second : « Je ferai observer que la taille moyenne, d'après le Dictionnaire de Bouillet, est 1 m. 70, et que j'ai 1 m. 69. »4
Plus remarquables sont les remarques de Guillaume sur l'emploi fait par son vieil ami du terme d'anarchiste. « Tu appelles les délégués de l'Internationale, venus du Congrès de Verviers [1877], "les anarchistes" ; mais ce nom est ici incorrect : nous nous appelions les collectivistes, par opposition aux communistes autoritaires. » Et de citer, à l'appui de son dire, le Bulletin de la Fédération jurassienne.
Tu sais qu'en ce qui me concerne j'ai toujours répugné à l'emploi du vocable lancé par Proudhon, an-archie, et que je préférais le mot fédération. Le mot an-archie, chose curieuse, avait été introduit dans l'Internationale par De Paepe, un De Paepe première manière ; dans un fameux discours du meeting démocratique de Patignies [localité de la province de Namur, 26 décembre 1863], qui fut un peu notre Évangile pendant un temps, il disait, en esquissant à sa manière l'évolution sociale, laquelle, selon lui, devait passer entre autre par la "législation directe", que cette évolution aboutirait à l'an-archie, et il terminait par l'invocation : Que ton règne vienne, ô An-archie !
On retrouve ici la réticence que Guillaume a toujours eue à l'égard des termes anarchie, anarchiste. Ce qui est plus original, c'est le rappel du socialiste belge et de sa renommée en Suisse romande au début de l'Internationale. Guillaume avait fait sa connaissance personnelle au congrès de Genève, en 1866, et était demeuré en relations épistolaires avec lui durant toute la période de l'Internationale.
Un dernier point : le congrès de la Fédération jurassienne tenu à Saint-Imier, en 1877. Dans son souvenir, Kropotkine dramatise les choses : le gouvernement bernois aurait interdit le port du drapeau rouge dans tout le canton ; les congressistes, défilant derrière lui à travers la petite ville étaient armés et prêts à le défendre jusqu'à la dernière extrémité.
Un corps de troupes de police avait été posté sur une place pour arrêter notre colonne ; un détachement de la milice se tenait prêt dans un champ voisin, sous prétexte de faire des exercices de tir : nous entendions distinctement leurs coups de fusil tandis que nous traversions la ville. Mais lorsque notre colonne apparut sur la place et qu'on jugea à notre air qu'une agression finirait par une sérieuse effusion de sang, le maire nous laissa continuer notre marche sans nous inquiéter, jusqu'à la salle où la réunion devait avoir lieu. Aucun de nous ne désirait un conflit ; mais cette marche, en ordre de bataille, aux sons d'une musique militaire, nous avait mis dans un tel état d'excitation que je ne saurais dire quel sentiment l'emportait chez la plupart d'entre nous en arrivant dans la salle : si c'était la joie d'avoir évité un combat que l'on ne désirait pas, ou le regret que ce combat n'eût pas eu lieu. L'homme est un être bien complexe.5
Mais, à la lecture de ce récit dramatique, Guillaume remet les choses en place.
Je n'ai aucune idée qu'il y ait eu une défense du gouvernement bernois interdisant le drapeau rouge dans tout le canton. On l'a arboré au Congrès de Saint-Imier, parce que c'était l'habitude, et on avait décidé que cette fois, si la police essayait de l'enlever, on le défendrait sérieusement ; mais je ne crois pas que le maire (président de commune) de Saint-Imier -- ou plutôt le préfet de district, seul compétent -- ait eu à aucun moment l'intention d'empêcher quoi que ce soit. On avait annoncé que les gymnastes nous attaqueraient, mais en leur nom [?] particulier.
Quant aux coups de fusil qui résonnaient encore aux oreilles de Kropotkine, il s'agissait des tirs d'exercice habituels de la milice, au stand, comme cela se pratiquait à la belle saison dans toute la Suisse.
Disons sans plus attendre que, si l'auteur a accueilli favorablement les remarques de Guillaume, il n'en a aucunement tenu compte et n'a pas corrigé les nouvelles éditions et traductions d'Autour d'une vie. Un titre donné à l'édition française par Élisée Reclus, ce que Guillaume regrettait. Pour la traduction française, c'était trop tard, elle était déjà sous presse au moment où il écrivait sa lettre ; il en reçut un exemplaire dédicacé peu après. À ses remerciements, il ajouta : « Mais je ne puis m'empêcher de regretter qu'au lieu de récrire toi-même les mémoires en français, tu te sois adressé à des traducteurs. On sent, à l'allure de leur style, qu'ils ne sont pas familiers avec le sujet ; et il aurait bien mieux valu que tu prisses la plume toi-même. »6 Un regret que le lecteur d'aujourd'hui ne peut que partager, d'autant plus que Kropotkine écrivait un excellent français.
Ajoutons que le maintien des passages mis en question par Guillaume peut induire les historiens en erreur. Ainsi, une biographie de Kropotkine, après avoir reproduit la page que celui-ci consacre au congrès de Saint-Imier citée plus haut, ajoute : « C'est là que Kropotkine fut le plus près de prendre part à un combat révolutionnaire de rues, et il semble certainement avoir montré un état d'esprit assez différent de celui de l'aimable savant tel qu'il s'est manifesté si souvent. »7 James Guillaume, quand il rédigera le dernier volume de son Internationale, paru en 1910, ajoutera une note aux pages détaillées qu'il consacre au congrès de Saint-Imier, afin de rectifier le « récit pittoresque et dramatique » qu'en avait fait son ami8. À ma connaissance, aucune des éditions récentes d'Autour d'une vie ne tient compte des rectifications de Guillaume.
Le 6 juin 1903, celui-ci écrit à Kropotkine :
La semaine passée j'ai eu la visite d'une dame, ou plutôt demoiselle, du Locle, qui a été mon élève à l'École industrielle du Locle, et s'appelle M^elle^ Adèle Huguenin Humbert ; elle a acquis un certain renom en Suisse, sous le pseudonyme de T. Combe, par des romans à tendances socialistes, ou plutôt sociales, mais avec un certain esprit mystique ; elle est religieuse sans être chrétienne. Nous sommes toujours restés en relations amicales depuis 1869. Elle est la nièce de Paul Humbert, qui a été un des membres de la fameuse coopérative des graveurs et guillocheurs du Locle ; mais il a eu des déboires, il s'est déclaré désarmé et il vit maintenant en Amérique. Par elle, je viens d'apprendre que Spichiger, que je croyais toujours en Amérique et perdu pour nous, est maintenant à La Chaux-de-Fonds. Elle m'a promis de m'envoyer l'adresse de Sp. ; et en échange, je lui ai donné la tienne avec un mot d'introduction pour toi ; car elle m'a dit qu'elle désirait vivement faire ta connaissance, ayant lu tes Mémoires. Sa conversation pourra t'intéresser, car elle pourra te raconter les souvenirs de son enfance, dans les premiers temps de l'Internationale au Locle.
Ainsi c'est un hasard de la conversation avec T. Combe qui lui avait fait connaître le retour, depuis plusieurs années, de son vieil ami de la Fédération jurassienne, ce qui montre combien profonde était sa rupture avec cette époque. Le 24 juin, il demande à Kropotkine :
À propos, T. Combe est-elle allée vous voir ? Tu sais que dans la Suisse française elle a une grande réputation d'écrivain, et qu'elle exerce une véritable autorité morale sur une partie du monde protestant. L'autre jour, elle m'a écrit de Londres, en m'envoyant l'adresse de Spichiger : "Laissez-moi vous dire, cher professeur de ma jeunesse, avec quel plaisir je vous ai revu et entendu de nouveau. Vos convictions ne sont pas les miennes, mais je suis persuadée que sous les mots, auxquels il ne faut pas attacher trop d'importance, il y a tout un monde de la conscience intime où nous nous trouverions d'accord. J'ai été fidèle à la devise que vous m'avez donnée, et je n'ai jamais cherché que la vérité. Croyez à mes sentiments de gratitude pour l'initiation que je vous ai due tout au début de la vie. Votre affectionnée T. C."
De quoi toucher James Guillaume, malgré son aversion pour le piétisme dont son ancienne élève était devenue l'adepte. Et il ajoute, en bas de page : « Elle m'a raconté qu'une fois je lui ai dit (elle avait 14 ans) : "Ce n'est pas le bonheur qu'il faut chercher, c'est la vérité." »
Au cours de son séjour en Angleterre, T. Combe avait rendu visite à Kropotkine, à Bromley, le 18 juin. Du 2 au 5 juillet, elle avait encore séjourné dans une colonie anarchiste à Whiteway, avant de repasser sur le continent à la fin du mois9.
Ce qui paraît curieux, c'est qu'un mois auparavant, alors qu'elle séjournait à Paris, au lieu de rendre visite à son ancien professeur, elle lui ait fait écrire par un ami, que Guillaume connaissait car il travaillait au département géographie de la Librairie Hachette, qu'elle désirait faire la connaissance de Ferdinand Buisson « dont la protection pourrait lui être utile, pour un livre de propagande anti-alcoolique qu'elle veut faire éditer à Paris »10. Guillaume accepta, semble-t-il, mais sans grand succès à en croire la carte postale que lui adressa, le 3 décembre 1903, un Buisson quelque peu agacé : « Que voulez-vous que je vous dise sur le livre de T. Combe ? Je n'y puis rien, vous le savez du reste. Demandez à la libr^ie^ Hachette ou à une autre qui n'ait pas déjà une œuvre antialcoolique à propager. »11 D'ailleurs il n'avait aucune idée de l'ouvrage et n'avait pas le temps de le lire.
Les relations entre l'écrivaine et son ancien professeur se maintinrent, épisodiquement ; visite de celle-ci à Guillaume, au début d'avril 190612, visites de celui-ci, lors de ses vacances en Suisse, à la résidence de son ancienne élève, aux Brenets, en 1910 et 1912.
Kropotkine s'était déjà intéressé à la Révolution française. En 1878, il avait rédigé un compte rendu intitulé Taine sur la Révolution française, à la demande de Pierre Lavrov, le socialiste russe établi à Paris13. En 1889, les célébrations du centenaire l'avaient incité à consacrer plusieurs séries d'articles à la Révolution dans La Révolte, où il montrait les enseignements que les anarchistes pouvaient en tirer. Certains ont été repris en brochures tandis que d'autres paraissaient en Angleterre. Malheureusement nous ne savons ce que Guillaume en a pensé, en admettant qu'il les ait lus, ce qui n'est pas certain, car à cette époque il ne suivait guère la parution des revues anarchistes ; lui-même a profité du centenaire pour participer au lancement de publications savantes, mais il n'a pas tenté d'écrire d'étude à caractère plus général.
Quant à Kropotkine, il ne recommencera à travailler et à écrire sur la Révolution française que dans les premières années du XXe siècle, essentiellement sous forme d'articles parus dans Les Temps nouveaux de 1902 à 1907. Mais, au début tout au moins, Guillaume ne suit guère la revue de Jean Grave. En juin 1903, il écrit à Kropotkine l'avoir achetée « par hasard » et avoir été tout heureux d'y trouver l'article de son ami s'en prenant à la dialectique14. Dès lors, il suit les articles de Kropotkine qui, souvent, les lui envoie depuis l'Angleterre où il réside et avec lesquels il se sent en accord.
Oui, tu le dis très bien, nous sommes parfaitement d'accord sur le fond même, sur le but et sur la méthode. Les différences qui peuvent exister sur tel ou tel détail tiennent à l'idiosyncrasie, à un état d'esprit, à une préférence pour tel ou tel champ d'exploration, etc. ; par là, avec ma spécialisation dans l'étude de la Révolution française et de certaines parties spéciales de cette révolution, j'attache plus d'importance à certaines considérations historiques et à certaines constatations de faits, sur lesquelles tu passes un peu sommairement, en les remplaçant par une simple idée générale qui pourrait être vérifiée sur quelques points.15
Une certaine réserve, donc, à l'égard de la tendance qu'il relève, chez son ami, à émettre des idées générales en passant un peu rapidement sur ce qui devrait constituer leur soubassement.
Quand Kropotkine fit paraître, dans Les Temps nouveaux du 3/9 octobre 1903, la première partie de son article sur « Les anarchistes et la Grande Révolution »16, qui en annonçait d'autres -- on en comptera pas moins de 24 jusqu'en 190717 --, Guillaume fit part à son vieil ami de son inquiétude :
J'ai été un peu effrayé en te voyant mettre le pied sur ce terrain, encore si peu connu, de la Révolution française. Sur le terrain des sciences naturelles, tu es chez toi, tu peux parler avec une entière compétence de choses que tu as étudiées sérieusement ; tu ne risques pas de compromettre ton argumentation par quelque bévue. Pour ce qui est de la Révolution française, le nombre des hommes qui la connaissent d'après les sources est excessivement restreint ; et encore chacun d'eux a-t-il dû, pour que ses études aboutissent à des résultats, se spécialiser dans telle ou telle partie. Celui qui, en dehors de ces quelques spécialistes, veut essayer d'émettre des considérations générales sur la Révolution après quelques lectures forcément sommaires et qui risquent souvent de l'égarer au lieu de l'éclairer, court le danger de se tromper souvent, et d'induire en erreur ceux qui l'écouteront. Aussi je recommanderai toujours à mes amis, quand ils voudront raisonner sur les théories socialistes, de s'abstenir d'aller chercher dans la Révolution des arguments pour ou contre une thèse. L'histoire de la Révolution n'est pas faite ; nous sommes occupés à en exhumer les matériaux et l'œuvre, qui est immense, n'est qu'à son début. La seule chose utile qu'on puisse faire, aujourd'hui, pour contribuer à cette œuvre, c'est de chercher et de publier des documents, mais il faut, jusqu'à nouvel ordre, s'abstenir de généraliser, de tirer des conclusions de faits que l'on croit connaître et dont on admet l'authenticité parce qu'on les a lus dans quelque historien (disons plutôt romancier) comme Michelet, Quinet, Louis Blanc, etc.18
On voit la piètre estime que portait Guillaume aux historiens qui avaient tenté de donner un aperçu général de la Révolution. Certes, Jules Michelet se fondait sur d'immenses lectures, sur des dépouillements d'archives, dont d'ailleurs certains fonds, consultés par lui, ont disparu lors des incendies de 1871, mais son texte ne comporte aucune référence précise aux documents utilisés. Et on sait l'importance que Guillaume apportait à ces précieuses notes infrapaginales auxquelles Michelet avait renoncé.
Dans un article consacré à l'ouvrage de M^me^ Quinet (qu'il connaissait personnellement), Cinquante ans d'amitié Michelet-Quinet, Guillaume montrera, avec force citations, comment c'est Edgar Quinet, homme d'action et opposant irréconciliable à l'Empire, qui a poussé et entraîné un Michelet « à moitié converti à l'Empire libéral ». Il y relèvera aussi combien il faut se défier de certains des propos de ce dernier. D'ailleurs, en 1907, un admirateur de Robespierre félicitera Guillaume de ses propos sur l'Incorruptible et de « la juste sévérité que vous montrez à l'égard de Michelet »19. Dans d'autres articles, sur quelques points précis, Guillaume aura encore l'occasion de prendre l'écrivain en faute et de le critiquer. Michelet, « une tête philosophique embrumée par les élans du cœur », pour reprendre l'expression d'un historien récent20, ne pouvait que rebuter le besogneux et positiviste artisan qu'était l'ami de Kropotkine. Mais ce dernier, dans son livre, maintiendra ses appréciations élogieuses de Michelet.
Cependant, si Guillaume approuvait les critiques de Quinet à l'égard de Michelet, il ne pouvait approuver le reproche que le premier adressait à la Révolution : ne pas avoir donné au peuple une nouvelle religion. L'athée et l'ennemi de l'Église protestante qu'était Guillaume trouvera La Révolution de Quinet un « détestable livre »21. Quant à Louis Blanc, que l'exil avait coupé des archives et condamné à travailler sur les riches collections d'imprimés du British Museum, comme le fera plus tard Kropotkine, son robespierrisme l'éloignait de Guillaume qui avait refusé d'adhérer à la Société des études robespierristes.
Il y avait toutefois un ouvrage général que Guillaume recommandait à Kropotkine : « Si tu avais le temps et le désir de lire une excellente histoire de la Révolution, la seule qu'on puisse recommander parce que c'est la seule qui ait fait une place, et la première place, à l'histoire économique, à l'histoire des rapports du travail et du capital, je te signalerais les volumes de Jaurès, qui inaugurent la collection (éditée chez Jules Rouff) qu'on intitule Histoire socialiste. » Les deux premiers volumes avaient paru ; « le 3e, qui paraîtra en janvier, m'écrit Jaurès, contiendra la Convention jusqu'au 31 mai (c'est-à-dire jusqu'à la chute des Girondins). »22 Et Guillaume recopiait un passage de l'article d'Alphonse Aulard, dans la Révolution française, faisant l'éloge des deux volumes du tribun socialiste :
Il a dû, en 4 ou 5 ans, faire un travail qu'un autre, moins bien doué, n'aurait pu faire qu'après 20 ans de préparation. Ce qui est surprenant, ce ne sont pas les quelques imperfections qu'on y remarque, c'est qu'en si peu de temps l'auteur ait pu, non pas ébaucher une esquisse, mais élever un monument, et un monument qui, improvisé, se trouve, malgré quelques erreurs dans le choix des matériaux, le plus ample, le plus solide, le plus beau, si je ne m'abuse, de tous les monuments historiques élevés jusqu'ici à la Révolution française.
Auparavant, dans la même lettre, Guillaume avait mis en garde son ami contre ses propres livres, consacrés aux procès-verbaux des Comités d'instruction publique, que Kropotkine aurait voulu lire : « Mes volumes sont absolument illisibles ; ce sont des matériaux, ce n'est pas un livre d'histoire ; et, à moins que tu ne voulusses faire un travail sur un sujet spécial, ils ne te serviraient à rien et t'encombreraient par leurs dimensions et par leur poids (chaque volume pèse 3 à 4 kilos). » Modestie habituelle chez lui, certes, mais aussi constat lucide de ce qui séparait son travail d'érudition, préalable indispensable à toute synthèse, de la série d'articles entreprise par Kropotkine. Toutefois, l'appréciation générale de Guillaume sur l'historiographie de la Révolution française et sur ses tâches témoigne d'une conception étroitement positiviste qui correspond bien à son époque : il s'agit d'abord de préparer les briques avec lesquelles on construira plus tard le bâtiment. Et pourtant, le choix même de son champ de recherche, l'histoire de l'instruction publique et de l'éducation, répond, bien entendu, à des motivations politiques et sociales.
À la fin de 1901, un éditeur lui avait proposé d'écrire une Histoire de l'instruction publique pendant la Révolution, « mais je ne sais si j'en trouverai le temps », écrit-il à Kropotkine. « Pour vivre, je fais des travaux de librairie, dont le principal est une collaboration au Dictionnaire géographique de la France de Joanne. »23 Une raison tout à fait plausible, mais était-ce la seule ? N'y avait-il pas aussi le recul devant la perspective d'un exposé plus général, alors que pourtant l'abondant matériel qu'il avait réuni lui aurait permis une synthèse qui n'aurait rien eu de prématuré ? L'éditeur était la Librairie Armand Colin, mais Guillaume finira par renoncer, devant ce travail de longue haleine, proposant à la place de publier, en deux volumes, ses études parues dans la Révolution française, projet qu'il réalisera chez Stock en 1908 et 191124.
Revenons-en à sa critique de l'article de son ami paru dans Les Temps nouveaux. Il s'agissait, pour Kropotkine, en se prévalant des dénonciations de Brissot contre les anarchistes, de montrer l'opposition entre les républicains bourgeois arrivés au pouvoir et ceux qui ne se satisfaisaient pas de cette république bourgeoise : Hébertistes, Enragés, Cordeliers, partisans de Marat, Jacobins avancés, qui tous, de façons diverses, réclamaient l'application d'une loi agraire, « c'est-à-dire le retour aux communes des terres qui leur avaient été enlevées sous l'ancien régime », l'abolition sans indemnité des redevances féodales ainsi que le « nivellement des fortunes ». Se rendant compte que le gouvernement représentatif formé par la Convention était incapable de poursuivre dans une telle voie, ils cherchaient à organiser l'action populaire, à partir de la Commune de Paris, qui entrait pour cela en relation directe avec les municipalités et sections des autres communes de France, de façon à construire l'unité nationale des forces populaires. C'est ce mouvement que Brissot et les Girondins s'efforçaient de contenir et de briser. Et Kropotkine d'avertir : Les Brissotins de la prochaine révolution feront pareil. Après avoir encore souligné la « haine des bourgeois arrivés au pouvoir contre les socialistes de l'époque -- contre ceux qui prêchaient la terre aux paysans -- et surtout contre les anarchistes de l'époque qui poussaient à ce que la terre fût reprise en effet par les paysans », il proclamait : « Eh bien ! nous sommes fiers d'avoir eu ces hommes-là pour ancêtres. »
Cette recherche d'une filiation entre 1792-1793 et l'anarchisme du XXe siècle, cet effort pour lui donner en quelque sorte une légitimation historique attira sur son auteur le jugement implacable de son ami Guillaume. Critique méthodologique, tout d'abord : « Il ne faut même pas, à propos d'un document authentique comme la brochure de Brissot du 29 mai 1793, se risquer à des commentaires avant d'avoir étudié dans tous les détails et la situation du moment, et les hommes et les doctrines. » Il montre la nécessité d'un travail de contextualisation, pour employer un terme d'aujourd'hui, auquel ne s'était pas livré Kropotkine. Tout en se défendant de vouloir « éplucher ton article phrase par phrase », Guillaume relevait qu'en parlant de « nous, descendants des anarchistes décriés par Brissot », son ami commettait un grossier contresens, car ceux que visait l'orateur girondin étaient Robespierre et ses partisans, assimilés à des fauteurs de désordre et donc d'anarchie. Or « Robespierre n'est ni un anarchiste dans le sens proudhonien du mot, ou même un anarchiste dans le sens où l'entend Brissot, c'est-à-dire un séditieux, un homme de désordre : c'est au contraire un homme d'ordre, de gouvernement, respectueux de la légalité. Mais c'est un démocrate, et cela suffit pour que Brissot et les "hommes d'État" de la Gironde accusent lui et ses alliés, Danton, Marat, Hébert, etc., d'être des partisans de la loi agraire, des gens qui "attaquent la propriété" ». En revanche, ce que n'a pas vu Kropotkine, c'est que Brissot lui-même avait été
un anarchiste et un négateur de la propriété. Tu sais qu'avant la Révolution il a publié un livre intitulé Recherches philosophiques sur le droit de propriété et le vol [1780], et qu'on y lit des phrases comme celle-ci : « La propriété exclusive est un vol dans la nature [...] Le propriétaire est un voleur. » Mais quoi ! après avoir été un écrivain besogneux et exalté, Brissot était devenu un homme politique ; il avait enchaîné sa destinée à celle des Buzot, des Roland, etc., de ceux qui voulaient organiser le gouvernement de la classe moyenne ; et alors, pour injurier ses adversaires, ses compétiteurs, ceux qui voulaient que la République devînt le patrimoine des sans-culottes, il n'imaginait rien de mieux que de leur prêter, faussement, les théories « subversives » dont il avait été lui-même l'apôtre aux jours où il tirait le diable par la queue.25
Dans son groupe, il n'était d'ailleurs pas le seul à avoir défendu des théories subversives, comme le releva l'érudit Guillaume :
Un autre Girondin, l'abbé Fauchet, évêque du Calvados [et conventionnel] (qui fut guillotiné avec Brissot), avait été, lui aussi, un prédicateur de doctrines « subversives », dans le Cercle social qu'il avait fondé, et dans son journal La Bouche de Fer. Seulement c'était en même temps un mystique ; mais, malgré ce mysticisme, si on voulait chercher, parmi les hommes de la Révolution, un prédécesseur de Babeuf, c'est lui (et Brissot) qu'il faudrait citer, et non Robespierre ni Marat ni Hébert.
Inutile de dire que le « mysticisme » de l'évêque constitutionnel ne lui valait pas les faveurs de Guillaume. Et puis, que font ces « anarchistes » chers à Kropotkine, au lendemain des journées du 31 mai et du 2 juin qui aboutissent à l'élimination des Girondins ?« La dictature du Comité de Salut public et de la Commune de Paris (car, jusqu'au milieu de l'an II, Comité et Commune demeurèrent étroitement unis, et ne se querellèrent que plus tard). Ceux que tu appelles les anarchistes de la Grande Révolution, "qui cherchaient à établir l'unité nationale par des rapports directs établis entre les municipalités et les sections des 44 000 communes de France", ce sont tout bonnement les Jacobins. »
En conclusion de sa critique, Guillaume ajoutait :
Note que je te querelle moins sur le fond des choses que sur l'emploi de certains termes qui peuvent embrouiller les idées des lecteurs, et sur certaines méprises qui les embrouilleront encore davantage. Je suis, en ce qui me concerne, « très fier d'avoir eu des hommes de cette intelligence politique (les Jacobins) pour devanciers », et je suis enchanté que [tu] leur rendes implicitement hommage. Tout le socialisme moderne, y compris l'anarchie, dérive du sans-culottisme de 1793 ; mais il est très difficile de l'expliquer dans des articles de journaux.
Après la critique impitoyable, venaient des propos apaisants et l'affirmation d'un accord sur le fond. Néanmoins, ce n'est plus seulement l'anarchisme, mais « tout le socialisme moderne », qui dérive de 1793. La différence est de taille et synthétise bien l'attitude de Guillaume face à la Révolution française et à tous ceux qui s'en réclament.
À une question de Kropotkine, en 1905, il répondait : « Je n'ai aucun "tuyau" spécial au sujet de l'or anglais. Je ne crois pas qu'il ait joué un rôle tant soit peu sérieux dans les insurrections parisiennes, sauf en l'an III, et encore ! en germinal et en prairial, c'est une calomnie de représenter, comme le faisaient les thermidoriens, les terroristes comme alliés aux royalistes. Non, l'or anglais n'est allé, autant que je puis savoir, qu'aux royalistes, aux contre-révolutionnaires. » Une réponse à laquelle souscriraient sans doute les historiens d'aujourd'hui.
Guillaume lisait avec attention les articles de son ami, et trouvait qu'il faudrait les réunir en volume pour que le lecteur puisse s'en faire une vue d'ensemble. Mais il énonçait clairement la différence et l'opposition entre leurs démarches historiques respectives :
Tu as une théorie, et tu cherches des faits que tu groupes et que tu interprètes pour étayer cette théorie. Moi, sur le terrain de la Révolution française, je n'ai aucune théorie ; je cherche à découvrir et à mettre en lumière, dans le domaine spécial de l'instruction publique, et en d'autres encore, des faits jusqu'à présent ignorés ou mal connus, sans m'inquiéter de ce qui en résultera ; et quand ces faits auront été présentés au complet, en toute sincérité et en pleine lumière, je pense qu'on commencera à apercevoir certaines grandes lignes, qui se dessinent toutes seules, sans que j'aie besoin d'y mettre du mien, et qui s'imposeront au regard de tout observateur perspicace.26
On ne saurait être plus clair et le lecteur d'aujourd'hui n'aura pas de peine à reconnaître combien cette conception positiviste de l'histoire masque tous les éléments qui, souvent à son insu, ont déterminé les choix de l'historien Guillaume. Ce choix de l'instruction publique durant la Révolution, répondant il est vrai à l'offre de Buisson, est inséparable de la politique scolaire de la Troisième République et de la position de celle-ci face à la tradition jacobine. Il en va de même des contributions monographiques de Guillaume, qui sont souvent des défenses de la Révolution contre ses adversaires ou qui détruisent de fausses légendes entretenues par ceux-ci.
La Révolution russe de 1905, qui retient bien sûr toute l'attention de Kropotkine, incite son ami à une comparaison avec 1789 :
Ce qui se passe à Moscou est bien intéressant ; chacun est frappé de la ressemblance entre la première séance de la réunion des délégués des zemstvos et la séance du Tiers à Versailles, le 23 juin. Nicolas II, comme Louis XVI, n'ose pas frapper ces sujets désobéissants ; mais, comme Louis XVI aussi, il appelle l'intervention étrangère. Je l'ai dit dès le commencement : sitôt que le mouvement révolutionnaire russe lui paraîtra devenir menaçant, l'empereur d'Allemagne enverra une armée en Russie, comme Carthagène27. L'Allemagne est le gendarme de l'Europe, et cela est vrai aussi de ses socialistes, qui se regardent comme les régulateurs du mouvement prolétarien, investis du droit de refréner le « déchaînement des mauvaises passions » de ces têtes brûlées françaises, russes, espagnoles, etc., rebelles à la saine doctrine.28
On voit ainsi apparaître, une idée qui fera son chemin chez Guillaume jusqu'en 1914 : celle d'un Reich militariste et féodal, gendarme de l'Europe et menace tant pour les pays politiquement et socialement plus avancés comme la France que pour ceux où éclatent des révolutions. Les socialistes allemands, vigilants gardiens de l'orthodoxie marxiste, sont toujours prêts à dénoncer le « déchaînement des mauvaises passions » cher à Bakounine ; ils sont, en fait, les complices de cet impérialisme réactionnaire germanique.
Quant à la révolution russe, Guillaume est assez pessimiste. Poursuivant son parallèle avec juin 1789, il craint que ce soit la réaction qui marque des points durant les prochaines semaines et adjure Kropotkine de ne pas rentrer en Russie, comme il l'avait d'abord envisagé. On y a bien vécu l'équivalent du Serment du Jeu de Paume, « mais, en Russie, les députés partiront, ou on les enfermera et le peuple russe ne prendra pas la Bastille, car il faudrait, pour cela, que les troupes fissent défection29 ».
La même lettre nous apprend que Kropotkine voulait faire exécuter une copie dactylographiée du manuscrit de l'ouvrage qu'il écrivait sur la Grande Révolution française, afin de la soumettre à Guillaume.
Il est donc probable que prochainement j'aurai l'occasion de lire ton travail. Je ferai cette lecture avec beaucoup d'intérêt ; mais je veux dès maintenant préciser la nature des observations que je pourrais avoir à te soumettre. Il sera bien entendu, n'est-ce pas, que je ne m'occuperai pas des idées que tu auras émises, de tes appréciations, de la philosophie que tu tireras des événements ou au moyen de laquelle tu chercheras à les interpréter : car tout cela est une affaire personnelle ; et si tel ou tel de tes jugements ne s'accorde pas avec le mien, je ne me mettrai pas à discuter avec toi pour examiner si tu as tort ou raison ; tes jugements t'appartiennent ; ils forment précisément la partie intéressante de ton travail. J'ajoute même que ces jugements seront l'essence du livre, qui sera non pas tant un récit des faits qu'une philosophie de l'histoire de la Révolution : cette philosophie sera la tienne, il faut lui laisser son originalité tout entière. La seule chose que je pourrai faire sera de te signaler, si j'en trouve, les erreurs matérielles de fait que tu pourrais avoir commises et que j'apercevrais.
Guillaume aurait souhaité lire le manuscrit de son ami au cours de l'été 1906, lors de son séjour en Suisse, mais Kropotkine semble avoir renoncé à en faire exécuter la copie dactylographiée envisagée et ne communiqua, au début, que quelques chapitres. Ainsi, le 26 octobre 1906, Guillaume avait en main celui qui était consacré au peuple avant la Révolution. Ce n'est qu'en février 1907 qu'il disposa de l'ensemble du manuscrit. Après en avoir donné une première impression d'ensemble favorable, il avertissait Kropotkine qu'il lui faudrait encore plusieurs semaines pour formuler ses notes critiques. Mais, d'ores et déjà, il souhaitait une préface où l'auteur aurait indiqué que la partie centrale de l'ouvrage avait été écrite en premier et avait paru sous forme d'articles, ce qui se sentait à sa lecture30.
Le 21 mars 1907, il renvoyait à Kropotkine la partie centrale de son manuscrit, correspondant aux articles parus dans Les Temps nouveaux, avec deux pages de remarques et suggestions critiques. Par la suite, ses occupations et, en mai, de sérieux ennuis de santé retardèrent la suite de sa lecture qu'il ne semble pas avoir achevée avant la fin du mois de juin. Mais, impatient désormais, il écrit à son ami, le 1^er^ juillet, qu'il espère voir bientôt paraître l'ouvrage : « Il serait grand temps que ce volume parût : il contient tant de bonnes choses qui feront du bien en France, et encore plus en Russie. » Malheureusement, les difficultés financières de Pierre-Victor Stock, l'éditeur parisien, retardèrent la sortie de l'ouvrage jusqu'au printemps 1909. Mais ce délai permit à Kropotkine de reprendre certains passages de son livre et à Guillaume de préciser certaines de ses critiques. Il avait depuis longtemps prévenu son ami, qui se fondait sur Hippolyte Taine pour le récit des révoltes paysannes de 1789, que ce dernier était totalement disqualifié comme historien. Aussi ne manqua-t-il pas de lui signaler, le 16 décembre 1907, la parution de l'ouvrage très critique et hostile d'Alphonse Aulard, Taine historien de la Révolution française. D'autant plus que Gustave Rouannet, dans son compte rendu de l'ouvrage, paru dans L'Humanité, en avait profité pour lancer quelques piques contre les articles de Kropotkine, parlant « d'anarchistes qui, pour légitimer leur système de petite terreur permanente et de soulèvements partiels, ont évoqué sept jacqueries paysannes qui n'ont jamais existé que dans la cervelle de Taine, leur historien favori ». Kropotkine semble avoir suivi l'avis de Guillaume car, dans son livre, quand il parle des révoltes paysannes du début de 1789, il se borne à relever en note que, d'après Aulard, Taine n'avait consulté, aux Archives nationales, que 26 cartons sur les 1770 consacrés aux rapports des intendants qui relatent ces mouvements populaires.
Plus tard, relisant les épreuves en placards du livre de Kropotkine, Guillaume lui concédera que tout n'était pas d'égale valeur, dans le livre d'Aulard, qui comportait un peu de pédanterie31. Mais en lui renvoyant les placards, munis de quelques corrections, il revenait à sa critique plus générale : « Je te répète ce que je t'ai dit tant de fois déjà : tes vues d'ensemble me paraissent justes, prises en gros, sauf peut-être sur quelques points douteux ; mais le récit que tu cherches à faire des faits pèche -- c'était inévitable -- par le décousu, l'incohérent, le fragmentaire. »32 Jugement bien sévère, mais parfois justifié.
Nous savons aussi que Kropotkine avait l'intention de réviser son chapitre consacré à la chute des Hébertistes, pour tenir compte des remarques de Guillaume et de nouvelles lectures. Les documents dont j'ai disposé ne me permettent pas de savoir dans quelle mesure il l'a fait. Mais ce fut l'occasion pour Guillaume de revenir sur « le caractère que j'aurais voulu voir donner par toi à ce livre. C'étaient, originairement, des articles ayant pour but non de raconter les faits mais de tirer la philosophie de quelques événements qui sont supposés connus du lecteur et dont tu empruntes le récit (quand tu es obligé d'y faire allusion) aux historiens antérieurs. »33 Essayer de raconter l'ensemble de l'histoire, comme le faisait Kropotkine, entraînait un certain décousu entre les articles des Temps nouveaux, repris sans grandes modifications dans le livre, et le reste. De plus, il y avait, dans le récit des événements, un certain nombre d'erreurs de fait. Plus tard, alors que Guillaume n'avait pas les livres et les notes nécessaires sous la main, car il était alors en vacances dans les Alpes valaisannes, il reviendra sur le sujet pour mettre en garde son correspondant contre les Notes historiques du conventionnel Marc Antoine Baudot, éditées par la veuve d'Edgar Quinet.
Si j'étais à Paris, je discuterais la question plus en détail, et je te donnerais des preuves. Mais d'ici je ne peux te donner qu'une appréciation. Et je dois te répéter ce que je t'ai déjà écrit plusieurs fois. Je tremble en te voyant t'engager dans un chemin si difficile et si semé de pièges, où tu marches avec la témérité de celui qui ignore les dangers qu'il court. Il aurait bien mieux valu que ton livre se bornât à être un recueil d'articles de journal, donnant des appréciations, une philosophie générale de la Révolution, sans essayer de raconter le détail des événements, sans prétendre résoudre des problèmes difficiles pour l'étude desquels il faut une connaissance approfondie des hommes et des choses d'alors. Je crains qu'au lieu d'augmenter par là la valeur de ton livre, tu ne la diminues.34
Nouveau jugement sur le livre, trois mois plus tard : Guillaume regrette que Kropotkine ne se soit pas rallié à son point de vue et n'ait pas supprimé les pages consacrées à l'exposé des événements de l'an II ; il ne lui reproche pas de donner son opinion sur cette période, mais d'en faire une narration détaillée que nul ne lui demande et qui est mauvaise ; il faudrait, pour pouvoir valablement la faire, des années d'études préalables. Un exposé de 20 à 30 pages aurait été préférable.
Kropotkine avait songé à faire préfacer son livre par une personnalité française et avait songé à Anatole France. Ce choix s'explique certainement par le fait que l'écrivain, depuis le début du siècle, dans ses prises de position en faveur de la gauche, avait à de nombreuses reprises manifesté sa solidarité avec les victimes de la répression tsariste. Mais Guillaume en dissuada son ami : « J'ai lu L'île des pingouins [parue un mois auparavant]. Il y a un certain nombre de pages fort belles, mais l'esprit général du livre est affreusement pessimiste. Anatole est redevenu complètement sceptique ; seulement son scepticisme d'autrefois était souriant, et son scepticisme d'aujourd'hui est désolé. Lui et toi vous êtes aux antipodes : ton robuste optimisme prend tout à fait le contre-pied de sa négation amère et ironique. »35
L'ouvrage d'Anatole France, à travers sa fiction du peuple des pingouins, débute par « une vaste fresque où est peinte à grands coups de pinceau l'histoire de la France, ramenée aux faiblesses, aux ridicules, aux superstitions des hommes36 ». Y sont évoqués par la suite le boulangisme et l'Affaire Dreyfus. Ce sont les lendemains de celle-ci, avec la retombée de ce mouvement pour la Justice et pour un idéal, que montre l'auteur, qui ne dissimule pas sa déception et son pessimisme. Mais c'est probablement la dernière partie, intitulée « Les temps futurs », qui aura plus particulièrement déplu à Guillaume : « France, obsédé par la réaction en tout temps victorieuse, montrera dans quel cercle infernal une nation risquerait de tourner sans fin, si les temps futurs continuaient de se soumettre "aux intérêts des trusts" et l'État persistait dans son "respect pour le riche et le mépris des pauvres". Un prolétariat qui se serait laissé réduire en esclavage ne provoquerait alors, par ses révoltes anarchiques, que des cataclysmes d'où rien d'efficace et de constructif ne pourrait sortir. »37 Les événements qui avaient suivi l'Affaire Dreyfus, les dissensions entre républicains et la succession des crises ministérielles, la pusillanimité devant les questions sociales, Georges Clemenceau devenu « briseur de grèves » et emprisonnant les dirigeants de la Confédération générale du travail (CGT), autant de choses qui expliquent le pessimisme d'Anatole France à ce moment. Toujours est-il que le projet de préface à La Grande Révolution demeura sans suite, sans que l'on sache si c'est dû aux arguments de Guillaume ou à une autre raison.
Le livre sortit enfin de presse en avril 1909. Kropotkine, qui séjournait alors à Locarno-Minusio, au Tessin, en avait fait parvenir un volume dédicacé à James Guillaume. Celui-ci avait alors demandé à Stock d'envoyer un exemplaire à Jaurès, « Seulement, écrivait-il à son ami, je crains que celui-ci, qui ne trouve jamais le temps d'écrire une lettre, ait aussi bien de la peine à trouver le temps de lire un livre. Il faudrait que quelqu'un lui signalât spécialement la valeur du tien ; mais je ne sais pas si je pourrai trouver le quelqu'un ; peut-être F. Buisson, quand il sera de retour de vacances. »38 Quelques jours après, Guillaume recevait encore un exemplaire, dédicacé celui-là à Alphonse Aulard, pour le lui remettre39. Ajoutons que l'éditeur, se prévalant des nombreuses corrections d'auteur qu'il avait dû effectuer, refusa d'abord de verser à Kropotkine ses honoraires40.
Guillaume avait aussitôt relu le livre du début à la fin, ce qu'il pouvait faire sans doute pour la première fois, puisque ses premières lectures ne s'étaient faites que par fragments, sur les parties qui lui parvenaient successivement et qu'il renvoyait aussitôt qu'il les avait lues et corrigées. Aussi son jugement est désormais tout différent et l'éloge remplace les critiques ; il loue la clarté et la simplicité de l'ouvrage ; les répétitions, dues à l'insertion des articles des Temps nouveaux, ne sont plus gênantes, elles facilitent au contraire la compréhension du lecteur.
Effectivement, La Grande Révolution est remarquablement construit. Divisé en 68 brefs chapitres, consacrés chacun à un événement, à une période ou à un problème, ils se suivent dans un ordre plus ou moins chronologique. L'auteur ne se prive pas, quand cela lui semble nécessaire, d'anticiper et de dépasser les limites temporelles du chapitre, ou, à l'inverse, de revenir en arrière pour développer un point sur lequel il était passé trop rapidement. Cela entraîne bien sûr des rappels et quelques redites, mais comme l'avait vu Guillaume, cela n'est pas gênant et a un effet plutôt didactique.
Une discussion va survenir sur un point particulier du livre, après sa parution : la répartition des terres communales entre les paysans au sein de leur communauté. Pour bien comprendre les aléas et la portée du débat, il faut se replonger dans l'intérêt des historiens russes de l'époque, dont plusieurs travaillaient d'ailleurs à Paris, pour les questions agraires durant la Révolution française. C'était naturellement le problème de la paysannerie russe et de son avenir qui suscitait cet attrait des Russes pour les questions agraires de la fin du XVIIIe siècle.
Par un décret du 14 août 1792, l'Assemblée législative avait ordonné le partage des communaux entre les citoyens. Un partage généralement bien accueilli, dont les modalités seront encore précisées par la Convention. Pour James Guillaume, qui s'appuyait sur l'avis d'Alphonse Aulard et de Philippe Sagnac, le décret était quelque chose de tout à fait favorable à tous les membres de l'ancienne communauté paysanne. Kropotkine, au contraire, y voyait un partage au profit des seuls membres de l'ancienne communauté corporative telle qu'on la trouvait encore en Suisse, en Alsace, en Bretagne et ailleurs. Ces membres de l'ancienne corporation étaient justement ceux qui possédaient déjà le plus de terres. Toute l'argumentation de Kropotkine est en rapport avec la situation russe. « Moi, je suis du point de vue de la masse des paysans qui, en 1792-1794 en France (et en ce moment en Russie), luttent contre le partage des terres communales. » La loi russe du 11 juin 1907 impose, de la même façon, un partage au profit des gros propriétaires, ce qui est accueilli avec fureur par tous ceux qui savent quelque chose de la vie paysanne en Russie, ajoute Kropotkine41. Aujourd'hui, les historiens donnent raison à Guillaume contre Kropotkine. En effet, la répartition des terres communales entre tous les membres présents dans la commune, qu'ils soient hommes, vieillards, femmes, enfants, assurait à chacun sa part. D'où la satisfaction générale et l'accueil positif.
Tapuscrit original Marc Vuilleumier, « James Guillaume, Kropotkine et la 'Grande Révolution'», CT MVU-D-008
Suggestion de citation
Vuilleumier Marc, « James Guillaume, Pierre Kropotkine et la « Grande Révolution Biographie inachevée de James Guillaume, 05.04.2025, https://www.archives-vuilleumier.ch/007-kropotkine
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Voir Marc Vuilleumier, James Guillaume, historien de la Révolution française, sur ce site. (NDÉ) ↩
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P. Kropotkin, Memoirs of a Revolutionist, with a Preface of George Brandes, in two volumes. Vol. I with portraits, XIV-258 p.; Vol. II, 340 p. (Avec index), London, Smith, Elder & Co, 15 Waterloo Place, 1899. ↩
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Lettre de James Guillaume à Pierre Kropotkine, 4 décembre 1901; Bibliothèque de Genève (BGE), microfilm F 1144, Pierre Kropotkine, correspondance reçue de James Guillaume, copie provenant des Archives centrales de l\'État d'URSS. Toutes les lettres de Guillaume à Kropotkine citées par la suite sans autre indication proviennent de ce microfilm. Il existe encore d'autres lettres de Guillaume que celles figurant dans le dossier à son nom, dans la correspondance adressée à Kropotkine : Bibliothèque de Genève (BGE), microfilm F 1143, Pierre Kropotkine, correspondance échangée avec Dumartheray, Bertoni, Herzig et Guillaume, copie provenant des Archives centrales de l\'État d\'URSS. Elles figurent probablement dans les dossiers de Kropotkine relatifs à sa Grande Révolution. De celle-ci, il existe une édition critique : P.A. Kropotkin, Istorija velikoj francuzskoj revoljucii 1789-1793, éd. A. V. Gordon et E. V. Starostin, Moscou, Nauka, 1979. Les commentaires ont été traduits en allemand, peu après, par un éditeur de la République démocratique allemande. [Pjotr A. Kropotkin, Die Grosse Französische Revolution 1789-1793 ; übersetzt und mit einem Essay von Gustav Landauer ; mit einem Nachwort von V. M. Dalin und Anmerkungen von A. W. Gordon und J. W. Starostin ; Leipzig und Weimar, G. Kiepenheuer, 1982, 2 vol. NDÉ] ↩
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À ce sujet, signalons cette lettre de Guillaume à sa sœur Julie, du 12 novembre 1902 où il demande s'il n'a pas oublié à Neuchâtel son exemplaire de la traduction française des mémoires de Kropotkine, « exemplaire corrigé de ma main, et contenant, entre la couverture et la première page, quelques feuillets de notes manuscrites. » Archives d'État de Neuchâtel (AEN), fonds James Guillaume (fonds JG) 25.12. On ne sait ce qu'est devenu cet exemplaire. ↩
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Cité d'après la traduction française : Pierre Kropotkine, Autour d'une vie, Mémoires. Préface de Georges Brandès. Neuvième édition, Paris, P. V. Stock éditeur, 1907, p. 409-410. La première édition de l'ouvrage est de 1901; les huit autres sont, en fait, de nouveaux tirages, sans modifications. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, Paris, 19 décembre 1901. ↩
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Georges Woodkock et Ivan Avakoumovitch, Pierre Kropotkine le prince anarchiste, Paris, Calmann-Lévy, 1953, p. 114-115. ↩
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James Guillaume, L'Internationale. Documents et souvenirs, P.-V. Stock, t. 4, note p. 230. ↩
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Sur T. Combe, on se réfèrera surtout aux travaux de Caroline Calame, dont : « Une écrivaine engagée T. Combe 1851-1933 », Nouvelle revue neuchâteloise, n^o^ 91-92, 23e année, automne-hiver 2006, p. 3-143. ↩
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AEN, fonds JG 67.9, Henri Jacottet à James Guillaume, Paris, 24 mai 1903. Ce Neuchâtelois, établi à Paris depuis près d'une vingtaine d'années, était en relations avec T. Combe depuis 1884. ↩
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AEN, fonds JG 75.27. ↩
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AEN, fonds JG 25.30. ↩
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Cf. Pierre Kropotkine, La Grande Révolution 1789-1793, suivi de Lettres de Pierre Kropotkine à James Guillaume sur les terres communales (juin-juillet 1911). Introduction de Heiner Becker, Paris, Éditions du Monde libertaire, 1989. Nous nous référerons par la suite uniquement à cette édition qui offre d'utiles compléments et renseignements. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, 6 juin 1903. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, 24 juin 1903. ↩
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« Les anarchistes et la Grande Révolution », Les Temps nouveaux, 9e année, n^o^ 23, 3/9 octobre 1903. La fin de l'article, parut dans le n^o^ 27, 31 octobre/ 6 novembre 1903. ↩
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Cf. la bibliographie établie par Heiner Becker in P. Kropotkine, La Grande Révolution..., op. cit., p. 467. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, 11 octobre 1903. ↩
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La Révolution française, 14 février 1907, reproduit dans James Guillaume, Études révolutionnaires, Première série, Paris, P. V. Stock, éditeur, 1908, VI-400 p. ↩
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François Furet in Furet, Mona Ozouf (éd.), Dictionnaire critique de la Révolution française, Interprètes et historiens, Paris, Éditions Flammarion Champs, 2007, p. 197. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, 9 août 1908. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, 10 novembre 1902. ↩
-
J. Guillaume à P. Kropotkine, 19 décembre 1901. ↩
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AEN, fonds JG 29.13, lettre d'Armand Colin, 1^er^ juillet 1901, où il se tient à disposition pour discuter « du plan de votre livre sur l'instruction publique pendant la Révolution ». Fonds JG 89, plan d'un ouvrage sur l'instruction publique pendant la Révolution. Minute d'une lettre de J. Guillaume du 18 mars 1902, proposant deux volumes de ses articles sur la Révolution, fonds JG 29.13. ↩
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Aujourd'hui, les historiens relèvent que son pamphlet de 1780 montre « une critique de l'abus de la propriété, non de son principe. » Cf. Albert Soboul, Dictionnaire historique de la Révolution française, Paris, PUF Quadrige, 2005, article « Brissot » (Première édition 1989). ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, Paris, 15 juillet 1905. ↩
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La phrase de Guillaume n'est pas claire. Carthagène, lors de la première République espagnole, en 1873, s'était insurgée, plaçant à sa tête une junte révolutionnaire qui joua un rôle important dans le mouvement cantonaliste en Espagne. Les navires de guerre abrités dans son port passèrent aux mains des insurgés qui les utilisèrent dans leur lutte contre le gouvernement central; c'est alors qu'ils furent attaqués par des navires allemands. L'un des membres les plus avancés de la junte, Antonio de La Calle, s'était réfugié à Neuchâtel, où James Guillaume l'avait connu, puis à Genève, en 1874; il y vécut plusieurs années, entretenant des relations amicales avec les anciens communards qui y résidaient. Il y avait publié une brochure : L'intervention allemande dans les affaires d'Espagne, Paris, A. Le Chevalier éditeur, Genève, Imprimerie genevoise, 1875. Guillaume en a sans doute eu connaissance, tout comme Kropotkine, quand ce dernier revint en Suisse, en 1877. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, Paris, 22 juillet 1905. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, Paris, 26 mai 1906. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, Paris, 25 février 1907. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, Paris, 23 janvier 1908. ↩
-
Lettre datée de « samedi », probablement en février 1908. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, 26 juin 1908. La fin de la lettre semble manquer dans le microfilm de la BGE. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, Val d'Illiez, Hôtel du Repos, 9 août 1908. ↩
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J. Guillaume à P. Kropotkine, Paris, 11 novembre 1908. ↩
-
Anatole France, Pages choisies, Introduction, notes et commentaires par Henriette Psichari, Paris, Éditions sociales, 1956 (Les classiques du peuple), p. 34-36. ↩
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Claude Aveline, in Anatole France, Trente ans de vie sociale. Vers les Temps Meilleurs, Genève, Paris, Édito-Service, Cercle du Bibliophile, s. d., t. 1, p. XLVIII-XLIX. ↩
-
Paris, 20 avril 1909. ↩
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Paris, 26 avril 1909. ↩
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Paris, 29 avril 1909. ↩
-
Locarno, 26 juin 1911, cit. in La Grande Révolution, op. cit., p. 453. L'ensemble du dossier, p. 442-464. ↩